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Culture francophone

Hervé Kadje : tatoueur entre l’aiguille et le pinceau

Émilie Moulin,

Article publié le 5 avril 2019. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Archives Londres Magazine

À LONDRES DEPUIS UN AN ET DEMI, HERVÉ KADJE MANIE AUSSI BIEN L’AIGUILLE QUE LE PINCEAU. INSTALLÉ À FULHAM, C’EST DANS L’INTIMITÉ DE SON APPARTEMENT QU’IL TATOUE. CHACUNE DE SES CRÉATIONS EST EMPRISE D’AUTHENTICITÉ ET DE LIBRE ARBITRE. RENCONTRE.

Il vit entouré de ses tableaux. Des petites, des grandes toiles, signées d’une hache et d’un « K » pour Hervé Kadje, accrochées aux murs de son appartement à Fulham. En-bas, sa salle de tatouage, qu’il partage avec son amie Terrie. L’ambiance est détendue. Dans le salon, deux amies attendent de passer sous l’aiguille. Quelles sont les trois bonnes questions à se poser avant de se faire tatouer ? Une des jeunes clientes répond après un court instant : *« Je dirais : être sûre de ne pas regretter le motif, s’entretenir avec le tatoueur et connaître l’emplacement. »*Dans un rire, le professionnel rétorque : « C’est exactement la mentalité française que je déteste. »

Pour lui, c’est l’art d’abord. Ça sort de son esprit et sa finit sur la peau. « Je passe parfois une journée entière à discuter avec mon client pour capter sa personnalité. Quand j’ai le sentiment de l’avoir bien compris, je lui propose un dessin », détaille-t-il. Et si le motif ne plaît pas ? « C’est tant pis. On arrête là parce qu’une fois que je considère que j’ai mal interprété la personne, je ne peux pas lui proposer autre chose. »

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« Tatouer des tableaux vivants »

Hervé Kadje et sa sincérité sont venus s’installer à Londres il y a un an et demi. « La vision du tatouage ici est très différente. Les gens viennent pour ton art. J’ai la liberté de tatouer des corps comme s’ils étaient des tableaux vivants. En France, peu de personnes prennent le risque. » Quand il compose, il ne sait jamais à quoi va ressembler le résultat. Sur la peau, il rajoute des ombres. Des traits rapides, durs, ou plutôt doux. C’est une construction, selon les vibes du moment.

L’art de l’aiguille lui est tombé dessus sans prévenir. À 19 ans, alors qu’il arrive tout juste du Cameroun avec sa famille, il achète sa première machine à tatouer à Paris. « Je m’entraîner sur mes camarades du lycée le week-end. » Au début, il donne rendez-vous dans des chambres d’hôtel. Un secret, jusqu’à ce que sa mère le découvre et l’encourage. Et puis, il y a ce voyage au Brésil. Seul, un sac sur le dos. La découverte de la liberté dans l’art. La touche humaine qui donne de l’émotion. La peinture…

L’art dans l’ADN

Peindre ? C’est tout un autre monde. « Le tatouage est ciblé, je le fais pour une personne en particulier. Au contraire, un tableau est universel. » Une oeuvre qui se fait dans le temps, qu’il peut recouvrir et recommencer. Un coup de pinceau qui n’a peur de blesser personne. Il peut se lâcher. Entremêler des histoires qu’il s’imagine, souvent issues d’un carnet rempli de scénarios qu’il écrit à la main. C’est la trace de ses études de cinéma, achevées prématurément. « Lui, c’est Ben, sourit-il en pointant du doigt un de ses tableaux. Il considère que les mots ne sont pas assez forts pour exprimer les émotions. Du coup, il ne communique qu’avec le son de sa guitare. » Juste au-dessus, une représentation de lui-même en femme, entourée de mots, des pensées. Des couleurs qu’il a posées sur toile au beau milieu de la nuit.

« Je m’exprime mieux quand je suis insouciant. » Hervé Kadje essaye de retrouver le même état d’esprit qui l’a animé au commencement, quand le tatouage n’était pas encore trop sérieux. La légèreté. Le lâcher prise. L’absence de limites. Pour toujours se renouveler, pour ne jamais arrêter de créer.