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Charlotte Minvielle candidate EELV et NUPES aux élections législatives : “à peine 20 minutes sur l’écologie pendant le débat, c’est le minimum syndical”

La rédaction,

Article publié le 10 mai 2022. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Archives Londres Magazine

Charlotte Minvielle est candidate aux élections législatives pour la troisième circonscription des Français de l’étranger en Europe du Nord, et co-secrétaire Europe Ecologie les Verts au Royaume-Uni.

“Je me présente parce que je pense que c’est important d’avoir une candidature pour ces élections qui apporte une opposition au gouvernement d’Emmanuel Macron, et former un groupe écologiste à l’assemblée nationale […] pour mettre l’écologie et la justice sociale sur le devant de la scène politique,” explique t-elle.

Cela fait maintenant une quinzaine d’années que la candidate est établie à Londres. Pour ses études, en premier lieu, où elle passe un master à Kings College avant d’aller étudier à la London School of Economics, (LSE), une université britannique spécialisée dans l’enseignement des sciences économiques et politiques. “J’aime tellement la ville de Londres que je décide d’y rester après mes études”. Et cela fait maintenant trois ans que Charlotte Minvielle a acquis la binationalité franco-anglaise. “Cela fait longtemps que je suis établie à Londres, je me suis attachée à cette double culture.”

Aujourd’hui, elle travaille dans le domaine du développement international dans les ONG, en parallèle de ses activités politiques.

 

Photo de [l’event participatif éco-citoyen](http://un event participatif éco-citoyen sur la thématique de l’économie circulaire. https://londresmag.com/2022/04/07/rendez-vous-en-terre-inconnue-charlotte-minvielle-chez-les-eco-londoniens/) sur la thématique de l’économie circulaire qui s’est tenu le 8 avril in Hackney, animé par Charlotte Minvielle

Après constatation des résultats du premier tour, on remarque la démarcation des trois têtes d’affiche : Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine le Pen. Presque tous les autres candidats étaient en dessous de la barre des 5%. Comment explique-vous le score de Yannick Jadot ?

Tout d’abord, je trouve le résultat décevant. On aurait aimé que Yannick Jadot fasse un meilleur score. Il faut qu’on ait une réflexion collective sur ce qu’il faut faire pour que ça change. C’est dommage que le réchauffement climatique n’ait représenté que 3% du temps de parole dans cette campagne. En ce qui concerne la gauche, la dynamique du “vote utile” a aussi eu un impact sur le score de notre candidat. Il y a un sondage d’opinion, qui a montré qu’avec le “vote de coeur”, Yannick Jadot arrivait à 10% des suffrages. Je pense aussi que chez EELV, il y a une responsabilité collective dans notre manière de gérer la campagne. Les journalistes ont également leur part de responsabilité : ils n’ont pas assez porté cette question écologique. Alors que le sujet qui interpelle le plus les Français de l’étranger c’est justement l’environnement, suivi de la protection sociale, puis de l’éducation. On a porté beaucoup trop haut les thématiques abordées par l’extrême droite au sein de cette campagne, comme la question de l’immigration. Voilà pourquoi je considère les élections législatives comme le troisième tour.

Au cours du débat du second tour qui a opposé Emmanuel Macron à Marine le Pen, le sujet de l’environnement a été brièvement abordé. Ça n’avait pas été le cas pendant le débat de 2017. C’est un progrès ?

Non, c’est le minimum. 20 minutes d’écologie pour un débat de trois longues heures, cela montre parfaitement l’intérêt que l’on porte à ce sujet, alors que cela devrait être l’urgence absolue. Le rapport du GIEC l’a confirmé : il ne nous reste plus que trois ans pour agir sur le climat. Les demi-mesures ne suffisent plus. Ce sont trois milliards de personnes qui vivent dans des zones vulnérables au changement climatique. Il faut mettre la France sur le chemin des accords de Paris. Non seulement l’environnement n’a pas pris la place qu’il fallait, mais la forme par laquelle elle a été abordée n’est pas non plus la bonne : le débat s’est porté sur une forme d’énergie, le nucléaire. Aucune mention n’a été faite concernant l’alimentation et la biodiversité. La question des transports, d’une mobilité plus inclusive n’a pas non plus été abordée.

D’un point de vue national, sur quels points allez-vous vous concentrer si vous êtes élue ?

En ce qui concerne les mesures nationales, au niveau de l’écologie, en tant que candidate je pense qu’il faut investir massivement dans les énergies renouvelables, en mer et sur terre. Les énergies d’avenir sont moins coûteuses dans le long terme que l’énergie nucléaire. Pour les mesures fondamentales, il y aussi à l’isolation massive des logements. On parle de trois millions de personnes qui vivent dans une précarité énergétique. La cour des comptes a montré que ce qu’a fait le gouvernement jusqu’ici avec Ma Prime Renov’ c’était insuffisant et sorti très peu de logements du statut de passoire énergétique. Les prix de l’énergie continuent à monter significativement avec en plus le contexte de la guerre en Ukraine. Le grand défi, c’est aussi d’allier transition écologique et justice sociale. Les plus démunis sont les plus affectés par cette crise écologique. Il faut qu’on investisse dans les transports publics, sortir de l’élevage industriel et aller plus vers de l’agro écologie, en soutenant une agriculture bio, ne pas mettre de côté les mesures sociales et s’assurer que les gens puissent sortir de la précarité avec notamment un salaire minimum à €1400 net par mois.

Quelles sont vos mesures en lien avec la circonscription pour l’ Europe du Nord et les français de l’étranger ?

Je veux rendre la vie écocitoyenne plus accessible avec un accès à l’information facilité, fourni par les consulats de différents pays et soutenir une mobilité moins polluante. Il faut favoriser le développement, l’extension et l’accessibilité du transport ferroviaire qui émet 10 fois moins de C02 par passager que l’avion. Je propose un tarif jeune et un tarif senior pour les trajets en Eurostar et que les coûts environnementaux soient pris en compte dans la taxation des billets d’avion. Ensuite, en ce qui concerne les mesures pour l’éducation, il faut mettre fin à l’augmentation des frais de scolarité des écoles françaises à l’étranger. Je souhaite qu’on renforce le soutien aux petites écoles FLAM (Français LAngue Maternelle) en focalisant nos ressources budgétaires sur ces structures qui sont disponibles à un plus grand nombre et en leur apportant des ressources pédagogiques afin de garantir un accès plus égalitaire à l’enseignement du français. Dans le domaine social, nous souhaitons remédier à l’injustice qui existe actuellement dans le calcul de la retraite pour les Français ayant travaillé une partie de leur carrière à l’étranger et aussi et étendre le dispositif de secours occasionnel de solidarité mis en place par le Consulat au Royaume-Uni en 2020 pour aider les Français les plus vulnérables qui doit s’arrêter normalement en 2022. Sur l’égalité femme-homme, les consulats des différents pays pourraient avoir une page dédiée aux violences sexistes et sexuelles où seraient stipulées les démarches à suivre dans chaque pays pour porter plainte si les victimes le souhaitent ainsi que les associations à contacter. Je voudrais également œuvrer pour une reconnaissance du statut de personne handicapée au sein de l’Union européenne et avec les autres pays de la circonscription hors Union Européenne, le Royaume-Uni, la Norvège et l’Islande, afin d’éviter à ces personnes de refaire des procédures longues et coûteuses avant d’avoir accès à leurs droits.

En France , le paysage politique change ; selon vous, est-ce la fin des grands partis ?

En effet, les deux partis prédominants dans le passé, à savoir le Parti Socialiste et Les Républicains, ne sont plus ceux que l’on retrouve en tête d’affiche aujourd’hui. Le paysage politique change et évolue. Aujourd’hui, le Rassemblement National, La France Insoumise, et La République en Marche ont pris le plus d’importance. Il faut bien évidemment s’inquiéter et lutter contre la montée de l’extrême droite. En ce qui concerne le nombre de partis de gauche, le pluralisme n’est pas une mauvaise chose tant qu’on réussit à faire des alliances et à créer des ponts ensemble en respectant la diversité de nos partis.

Les chiffres de l’abstention sont frappants ; Comm****ent faire pour que les jeunes se remettent à voter ?

Je pense que c’est une grosse question que celle de l’abstention, notamment chez les jeunes. En Ecosse les jeunes ont eu le droit de vote à 16 ans, notamment au moment du référendum de la sortie de l’Ecosse du Royaume-Uni ou non, et que de fait les jeunes se sont penchés sérieusement sur le sujet. Au lycée, cela permettrait plus d’éducation à la citoyenneté qui soit axée sur l’analyse de discours politiques et les implications des différents programmes. Je pense qu’il faut que cette implication des jeunes soit renforcée. C’est une génération qui est engagée, en prenant part par exemple à la mobilisation mondiale pour Black Lives Matter, les grèves scolaires Friday for Future etc. Il y a un intérêt pour les questions sociétales et écologiques qui ne se traduit pas forcément par un vote, et je pense donc que c’est aux partis politiques de faire des ponts entre le monde associatif, les syndicats, et les mouvements citoyens pour s’assurer que leur parole soit entendue et leurs thématiques prise en compte. Pendant le quinquennat passé, Emmanuel Macron a mis en place une convention citoyenne pour le climat avec 150 citoyens de tous âges et horizons. Le président n’a pas du tout pris en compte les propositions dans leur ensemble comme il s’y était engagé. Ça marque un manque d’écoute et de prise en compte que la thématique du climat intéresse beaucoup de personnes.

On parle d’une nouvelle forme d’angoisse climatique : l’éco anxiété qui n’était peut-être pas ressentie par les générations d’avant. Or ni Mélenchon ni Jadot ne seront au deuxième tour, à savoir les deux candidats qui ont la réputation d’avoir le programme écologique le plus solide. La réélection de Macron est-elle une fatalité pour l’écologie ?

Oui, l’éco-anxiété est un sujet sérieux qui doit être pris en compte. Mais un groupe écologiste à l’Assemblée pourrait peser pour que la question écologique, du climat, de la transition énergétique soit prioritaires. Clairement, le gouvernement français a été condamné pour “inaction climatique”. Il a réintroduit l’utilisation des néonicotinoïdes et du glyphosate alors qu’il faut qu’on sorte de l’utilisation des pesticides. L’investissement dans la rénovation thermique des logements est très insuffisant, dans les énergies renouvelables également où la France n’a pas respecté ses propres engagements dans ce domaine, couplées d’un investissement dans le nucléaire qui est une énergie plus coûteuse et dangereuse. Il faut qu’on puisse peser pour que le gouvernement respecte déjà les engagements qu’il a pris. Les accords de Paris et le fait de s’assurer que le réchauffement ne dépasse pas les 1,5 degrés, c’est quelque chose auquel le président s’est lui-même engagé, il doit rendre des comptes là-dessus. Il y de plus encore énormément à faire sur le plan de l’éducation, de la lutte contre la précarité et de l’égalité femme-homme…

Emmanuel Macron est réélu alors qu’un mouvement sans précédent a vu le jour : les gilets jaunes, qui en voulaient personnellement au président et ont manifesté pendant des mois et des mois. Comment est-ce possible qu’il soit arrivé au deuxième tour et soit réinvesti ?

Il y a sans doute eu une opportunité manquée de la gauche de comprendre ces différentes revendications. C’est compliqué parce que le combat des gilets jaunes a démarré à cause de la taxe carbone, et je pense que leurs revendications était légitimes car cette taxation avait été mal pensée. Elle touchait tout le monde sans contrepartie de soutien social, sans un investissement dans les transports et des solutions de mobilité alternative à côté, et sans s’assurer que cette taxe aille directement pour soutenir la transition écologique. Je pense aussi que la crise du covid est venue freiner certaines revendications sociales alors qu’elle a exposé des inégalités. Et puis dans les derniers mois de la campagne, la crise en Ukraine a aussi créé des priorités différentes. Je pense qu’Emmanuel Macron a pu faire très peu campagne dans ce contexte de guerre et que ça n’a pas donné lieu à un dialogue. Il faut qu’on réfléchisse collectivement à gauche comment combattre ses idées plus fermement et que les citoyens nous accordent leur confiance.

Les premières problématiques des Français de l’étranger sont notamment l’éducation et les transports, qu’amélioreriez-vous dans champ-là ?

J’ai évoqué l’arrêt de la hausse des frais de scolarité dans les établissements français et le soutien aux écoles FLAM. En tant qu’écologiste, je pense que nous devons nous assurer qu’un trajet en train notamment en Eurostar soit moins cher qu’un trajet en avion, c’est fondamental. Il faut que ce soit compétitif parce que le train est un mode de transport moins polluant à privilégier. Cela vaut pour toute la circonscription. Avec la fusion entre l’Eurostar et le Thalys, je pense que promouvoir la mise en place d’un tarif jeune et d’un tarif senior qui sont disponibles pour les trajets en Thalys actuellement pourraient s’appliquer à l’Eurostar et qu’il y ait aussi la possibilité d’amener ses animaux de compagnie. C’est possible en voiture ou en avion mais pas dans l’Eurostar. Il faut aussi s’assurer que les coûts environnementaux du transport aérien soient pris en compte dans la taxation des billets. Il y a également le sujet de mettre en place des accords de mobilité entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne avec l’arrivée du Entry Exit System (EES) en novembre 2022 qui rendra les passages aux frontières plus longs et complexes. On devrait aussi s’assurer qu’il y ait une conditionnalité des commandes publiques et des aides faites par l’Etat aux entreprises sur des critères d’écologie et d’égalité. Le secteur aérien a bénéficié d’un soutien de €15 milliards sans contrepartie dans ces domaines.

Toujours sur le thème de l’environnement, le nombre de réfugiés climatiques va augmenter alors qu’on est déjà face à une crise migratoire. Comment gérer la crise des small boats ** ?**

C’est vrai que la crise climatique va avoir un impact mais il y aussi des réfugiés à soutenir maintenant. Il y eu un naufrage de 31 personnes migrantes dans La Manche au mois de Novembre dernier, c’est une tragédie. Avec nos élus Europe Écologie Les Verts (EELV) on a d’ailleurs interpellé notre député actuel Alexandre Holroyd sur ce sujet car la Grande-Bretagne et la France doivent arrêter de se renvoyer la responsabilité. Il a répondu uniquement sur la lutte contre les trafics et les passeurs mais rien sur davantage de moyens pour les sauvetages en mer et pour un accueil digne. Il faut que les demandes d’asiles et de statut de réfugié puissent se faire par des voies sûres. La situation à Calais est inacceptable. La France a d’ailleurs été condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour le traitement indigne de personnes migrantes à Calais.

Propos recueillis par Cléa Chapat et Louise Guyonnet