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Actu franco-britannique

La fourrure : le nouvel ennemi de la bien-pensance royale

Milan Tinnirello,

Article publié le 5 décembre 2019. Les informations qu'il contient peuvent avoir changé depuis.

Archives Londres Magazine

C’est la chasse aux chasseurs. Le magasin « House of Fraser » s’est fait épingler par une association de protection animale (Humane Society International) pour avoir utilisé de la fourrure. Aujourd’hui, même la Reine en personne a refait sa garde-robe pour éviter d’en porter. La fourrure serait-elle devenue la bête noire du monde moderne ?

Une des affiches arborées par les manifestants contre “House of Fraser”. CP/RetailGazette

En tout cas, elle le devient : Les associations de protection animale comme PETA (People for the Ethical Treatment of Animals), et Humane Society International voient leurs actions payer : le business de la fourrure a baissé de 7 milliards de dollars en 4 ans. Et la chasse aux compagnies qui en utilisent continue. Cette fois-ci, il s’agit de traquer « House of Fraser ». L’entreprise a mis en place une politique de non-utilisation de la fourrure en 2017, pourtant, certains de ses produits contiennent de la vraie fourrure, notamment de raton-laveur et de lapin. Les militants se sont alors insurgés devant l’enseigne en arborant des bannières « House of Horrors ».

Un très grand nombre de multinationales disent non à la fourrure. Dernièrement, ce sont les marques françaises Maje, Sandro et Claudie Pierlot qui ont annoncé que leurs produits ne contiendront plus aucune fourrure à partir de l’hiver 2020. Chanel a arrêté ses produits à base de pythons et de crocodiles, et Gucci, Prada, Versace ainsi qu’Armani y ont tout simplement renoncés. Pour couronner le tout, la Fashion Week de Londres toute entière s’est mise au respect des animaux : depuis 2018, elle est « fur-free ». Une avancée incroyable dans le monde de la mode…

La Royauté Anglaise : tendresse & animaux ?

La Reine Elisabeth II avec ses deux Corgi : Willow et Holly. CP/Animal Fair

« Si la reine doit assister à un événement par temps de froid, à partir de 2019, la fausse fourrure sera utilisée pour s’assurer qu’elle reste au chaud » assure Angela Sky, la couturière d’Elisabeth II, dans son livre The Other Side Of The Coin. La Reine d’Angleterre ne porte donc plus de fourrures ? Non, seulement en partie : la fourrure déjà présente dans sa garde-robe ne sera pas jetée, et elle en portera sûrement pour les occasions traditionnelles selon Buckingham Palace. Si la Reine elle-même prend cette mesure drastique, peut-on attendre la même chose des autres membres de la famille royale ? C’est déjà le cas pour certains. Harry et Meghan, le Duc et la Duchesse du Sussex, sont pour la protection des animaux et le montrent. Surtout sous l’impulsion de l’actrice américaine. Elle n’a jamais été vue portant de la fourrure, et son régime peut être considéré comme fléxitarien, c’est-à-dire, consommatrice à très petites doses de viande. Mais ce n’est pas tout. La duchesse impose sa politique au Duc : chaque année, la famille royale va chasser le tétras à Balmoral en Ecosse. Meghan, trouvant cette tradition peu commode et cruelle, a déconseillé à Harry d’y aller, et… Il a obéi. C’est à se demander qui porte la culotte dans le couple ?

Pour son frère William et Kate Middleton par contre, ce n’est pas la même histoire. La Duchesse de Cambridge a déjà porté à plusieurs reprises des fourrures. Pourtant, elle l’a toujours fait dans le respect des animaux ou par obligation à sa fonction. Kate a arboré un chapeau en fourrure d’alpaga, ces petites bêtes toutes mignonnes, mortes de cause naturelles. En 2016, le couple s’est pris les foudres des associations pour la protection des animaux : ils ont porté des écharpes en fourrure lors d’une cérémonie traditionnelle dans une tribu. Elles signifiaient alors la bienvenue et le respect. Pourtant, le prince et sa femme sont très à cheval sur ce sujet. « Je suis déterminé à ne pas laisser les enfants grandir sur une planète où nos espèces les plus emblématiques et les plus menacées d’extinction ont été éliminées. » avait déclaré le prince William lors d’un discours au « World Bank » sur le trafic illégal d’animaux. En définitive, les habitants de Kensington n’ont pas fait de grands faux pas sur ce sujet.

Le duc et la duchesse de Cambridge portant des écharpes en fourrure de loutre le jour où ils en ont reçu lors d’une visite dans une tribu au Canada en 2016. CP/DailyMail

La Reine, c’est bien… Les gardes, c’est mieux !

Les casques de la Garde Royale sont fabriqués à partir de fourrure d’ours bruns.CP/bonsplanslondres

« PETA est ravie d’apprendre que la Reine soit passée fur-free » annonce l’association de protection animale dans un article. Mais petit bémol pour PETA : les casques des gardes de Buckingham Palace. Quel est le problème ? Ils sont confectionnés en peau d’ours au Canada… Au prix de 650 livres l’unité. 50 à 100 casques sont fabriqués chaque année, pour dix-huit ours bruns tués. Pour éviter cette exploitation, une solution a été trouvée par PETA avec la couturière Stella McCartney : des couvre-chefs sur mesure, en fausse fourrure ! Malheureusement, les gardes ont refusé de les porter car ils sont trop chauds et désagréables. Malgré tout, PETA interpelle Buckingham Palace sur ce point. « La prochaine étape est que la Garde de la Reine cesse de parader avec des bonnets faits de fourrure d’ours abattus au Canada et de porter la fausse peau d’ours luxueuse et humaine que PETA a contribué à développer aux côtés d’Ecopel, et du designer Stella McCartney. » argumente l’association sur son site. Le port de ces casques a en plus une forte symbolique car ils font partie de l’histoire britannique : à la bataille de Waterloo en 1815, les soldats français les portaient. Pour fêter la victoire, les Anglais les ont pris sur le champ de bataille. Les associations de protection animale arriveront-elles à remplacer un tel emblème ?